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Un homme, au service de la mémoire

Le 03 juillet 2019

C'est avec une profonde tristesse que nous avons appris le décès de Jean Monin. Nous lui rendons hommage aujourd'hui en publiant un portrait qui avait été fait de lui dans le Romans Mag en 2010 où il raconte son histoire.

"J'ai été un déporté, parmi d'autres déportés. Ne me présentez pas en héros. Je n'aime pas ça. Les héros, ce sont ceux qui sont morts pour la liberté." Si Jean Monin, 83 ans aujourd'hui, ancien résistant et ancien rescapé du camp de concentration de Mauthausen accepte de se souvenir c'est uniquement pour qu'on n'oublie pas ses compagnons d'infortune, morts en déportation.  

Lorsque Jean Monin, alias André Richard, est arrêté en janvier 44 par les Allemands au cours d'une opération de représailles près d'Annecy, il n'a pas 17 ans. Agent de liaison dans la Résistance, il fait partie de l'Armée secrète et effectue des missions pour le maquis des Glières.  "Mon père était gendarme. Il faisait partie de la Résistance. A 14 ans je savais démonter un fusil et tirer. J'ai grandi dans l'amour de ma patrie. Et dans la haine de Pétain, qui avait trahi la France.

Trois jours et trois nuits sans manger et sans boire

Après son arrestation, Jean Monin est emmené à la prison d'Annecy ; dans la nuit, des prisonniers sont fusillés. Il est ensuite acheminé à la prison de Montluc, à Lyon, et transféré, en février, à Compiègne. Le 22 mars 44, c'est le départ pour une destination inconnue. Trois jours et trois nuits, entassés, nus dans des wagons bondés, sans manger et sans boire. Puis une marche de 5 km dans la neige jusqu'au camp de concentration nazi de Mauthausen (en Autriche). Et l'attente, interminable, la fouille humiliante, les interrogatoires, le « dressage » à coups de douches brûlantes puis glacées. Terrorisés, les déportés sont alignés dans le froid glacial, des heures durant. "Sachez qu'il n'y a qu'une seule sortie : elle passe par la cheminée des fours crématoires.

« Ce qui m'a permis de tenir, c'est le mental »

Sous le matricule 60 509, Jean Monin est affecté à la carrière de pierre de Mauthausen. Chaque jour, les détenus doivent remonter le tristement célèbre « escalier de la mort » aux 186 marches. Ceux qui trébuchent sont abattus. Jean Monin est transféré dans un atelier d'assemblage d'avions. C'est là qu'il rencontre un garçon aussi jeune que lui, Georges Séguy, futur secrétaire général de la CGT. 
"Ce qui m'a permis de tenir, c'est le mental, explique Jean Monin. J'étais persuadé que le nazisme ne triompherait pas. Je pensais à de Gaulle, mais oui, obligatoirement, ça aidait ! Je pensais à mon pays, à la liberté. La liberté, vous savez, c'est important. Je savais pourquoi j'étais là ! Je me répétais : tu t'en sortiras, tu t'en sortiras ! ". 

En mars 45, Jean Monin est affecté au kommando de Gusen, annexe de Mauthausen, pour répondre aux besoins de main d'oeuvre dans les usines d'armement. Au bout de trois semaines, très affaibli, il se retrouve au Revier : le mouroir du camp. «Georges Séguy et un autre copain, José Cereceda ont réussi à me sortir de là : ça m'a sauvé la vie !" Dans le camp, la violence est quotidienne "Il fallait constamment se tenir sur ses gardes, faire face aux coups des kapos, au froid, à la faim, à la mort... »

« Mes petits-enfants m'ont dit : il faut que tu parles »

Le 28 avril 1945, Jean Monin est libéré : il fait partie d'un convoi de la Croix Rouge internationale. Il aura passé ses 17 et 18 ans dans l'enfer concentrationnaire. Deux cent mille personnes furent déportées à Mauthausen, la moitié ne survécut pas. 

C'est le retour à la vie "normale". "On n'avait pas du tout envie de parler de tout ça. On s'est « fermés ». Les gens ne pouvaient pas comprendre. Et puis, il fallait trouver un travail, mes parents n'étaient pas riches." Jean Monin fera carrière dans le commerce et la distribution. "J'ai beaucoup travaillé, je me suis marié, j'ai eu deux enfants. Aujourd'hui, j'ai quatre petits-enfants et deux arrières petits-enfants. En 95, je suis allé avec mes petits-enfants à Mauthausen pour le 50e anniversaire de la Libération. Au retour, ils m'ont dit :  il faut que tu parles."  
 
S'ensuit la réalisation d'un film documentaire sur Mauthausen. Et des interventions en milieu scolaire. « Quand je vais dans les collèges et lycées pour témoigner, je mets l'accent sur l'humain. Je parle aux jeunes de solidarité, de respect. Je leur dis qu'on est tous égaux et qu'il faut faire triompher la bonté et la générosité. Ce qui compte c'est l'avenir ! Parfois, des gamins m'écrivent. Ils me disent "Merci de nous avoir parlé de Liberté".  

 

 

 

Nous avons créé l'association des Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation (AFMD) : « Quand nous, rescapés des camps, ne serons plus là pour témoigner l'association  prendra le relais ».